Une cité ignorée : "la ville de Rohars"

par Alain Monnié

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mise à jour 18 mars 2016

Rohars, village portuaire de Bouée, aujourd'hui en partie ruiné, connut une importante activité fluviale mais aussi maritime en particulier au XVIe siècle.
A la sortie de Bouée la stèle gauloise de Rudesse, que certains ont confondue avec une borne milliaire, alimente les spéculations sur l'existence supposée d'une ancienne voie romaine qui aurait longé cette grande pierre debout jusqu'à la Loire.

Pourtant rien ne prouve que Rohars existait comme port dans l'antiquité.
Ce n'est qu'au Moyen Âge, après l'an mil, les invasions vikings terminées, que les alluvions naturels aidant, le port a pu vraiment se développer parallèlement à l'implantation du prieuré Sainte Anne de Rohard.

Progressivement le commerce va s'y développer et Rohars comme d'autres petits ports de l'estuaire va jouer un rôle important, aussi bien dans l'activité transversale Nord-Sud que dans le commerce maritime en étant par exemple le port d'attache d'une partie de la flotte de commerçants espagnols au XVIème siècle, les Senores du Sauf-Conduit.
Plus récemment, port de pêche, point de débarquement et d'embarquement de bétail, de foin, de sable, de roux (roseaux) et lieu de traversée, Rohars va voir son activité portuaire péricliter au XXème comme tous les petits ports ligériens.

Il s'agit essentiellement, comme tous ces ports d'estuaire, d'un havre d'échouage où des embarcations fluviales : toues, chalands, gabares, à fond plat venaient accoster sur les vasières au gré des marées pour le chargement et déchargement des biens.
Mais c'est la structure rocheuse de Rohars qui lui permit également d'être un port d'attache pour des bateaux de commerce maritime, en particulier au XVIe siècle. Plus récemment, u
ne cale, dont la création serait toutefois antérieure à 1820, facilita également l'accès des embarcations à toute heure de la marée
A la suite du colmatage alluvionnaire, au départ naturel, mais ensuite aggravé par des pierres d'endiguement, comme celles qui furent posées à la tête de l'ile Pipy et qui contribuèrent à boucher le bras de Lavau, ces ports au passé très riche disparurent et ne subsistent, dans le meilleur des cas, que comme ports reliques.
C'est la cas de notre port, Rohars, dont les ruines attestent de l'importance passée mais dont la cale, située sur un étier, n'est plus utilisée que par quelques rares barques de pêcheurs locaux et de chasseurs de gibiers d'eau.
Cette page veut aider les habitants de Bouée à (re)découvrir l'identité portuaire de leur commune.
Remise à jour au fil de ma collecte d'informations, elle a pour but de tenter une synthèse des connaissances sur l'histoire de Rohars et ceci en privilégiant ce qui est avéré par des documents ou des découvertes archéologiques.
Elle me donne l'occasion aussi, parallèlement, d'effectuer quelques disgressions sur l'itinéraire du pélèrinage de St Jacques de Compostelle en Bretagne ou la traite des Noirs par exemple.

Cadastres et plans
Cadastre napoléonien de 1827 et cadastre rénové de 1934

Rohars vers 1830

auteur ? A t'il été établi d'après le cadastre de 1827 ? En tout cas il est postérieur à 1848 date de la construction de la sacristie de la chapelle qui apparait sur le plan.
De plus les indications concernant la position du chantier naval et un supposé cimetière sont erronées.

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Tanisse
DERNIER PÊCHEUR DE ROHARS
Donatien Pierre Brisé, dit Tanisse (ou Tanis), est né à Indre le 5 mars 1886.
Ses parents y sont pêcheurs. De mémoire de villageois il a deux soeurs qui habitent Cordemais et un frère, Xavier, qui vient pêcher à Rohars de temps en temps.
Barbu, il porte une casquette sur le côté, il est vêtu simplement d'habits récupérés ça et là.
Il fait la guerre de 14/18 dans la marine car il est pêcheur navigateur inscrit maritime.
Après la guerre il s'installe à Rohars.
Très adroit et excellent pêcheur, Il fabrique lui même ses carrelets et pêche la plie.
L'hiver quand il n'y a pas de pêche, Tanisse aide les gens du village aux travaux des champs et soigne les bêtes.
Dans les années 40 il connaît la misère.
De 1936 à 1946 il ne pêche plus que l'anguille, son seau sous le bras. Son bateau prend l'eau et il se sert de vielles planches pour ramer. Il pêche à la fouine et à la biguenée(1). Il ramasse les vers sur le bord des routes et inquiète les gens du village.
Il sillonne les routes de Bouée à Cordemais pour vendre son poisson et quand il n'a plus d'argent parce qu'il a tout dépensé à la buvette, il vit de chines et de rapines, déterrant 2 ou 3 patates par ci par là.
Dans le village il est connu de tous et les villageois, pas dupes, ferment les yeux sur ses petits larcins.
Dans la grange qui lui sert de maison, il y a juste un trépied et une casserole.
Le 18 juin 1946 à 13 heures, Jean Bioret, Jean Nicolas et Charles Ombron trouvent le corps de Tanisse sur le bord de la route du Lavazais. Il est mis en bière par Pierre Boussaud et Gilbert Barrais.
Jean Bioret conduira le tombereau qui conduit Tanis à sa dernière demeure.

(1) La biguenée consiste à enfiler de gros vers de terres, les béguins, sur un fil grâce à une aiguille. On roule en boule ensuite le paquets de vers et on le plonge dans l'eau au bout d'une canne à pêche.
Lorsque l'anguille mord dans les vers, il faut vivement la sortir et la faire retomber dans un vieux parapluie renversé placé au bord de l'eau.

 

Sculpture en fer forgée réalisée par Georges Moisan, ancien forgeron de Bouée, en hommage à Tanisse.

C'est en 1999, à l'occasion de la fête du marais que le comité des fêtes a organisée sur le site de Rohars, que cette sculpture fut présentée au public pour la première fois.

La vie de Tanisse a été reconstituée grâce à Mme Marie Nicolas de Rohars.

La fouine est utilisée pour capturer les anguilles dans la vase.


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Cliquez sur les photos pour les agrandir



La chapelle Saint Anne

Il existe à l'extrémité du village une ancienne chapelle dédiée à sainte Anne, patronne des bretons et des marins.
La chapelle a été reconstruite plusieurs fois sur le rocher qui lui sert d'assise. Deux dates ont surtout ponctué son histoire architecturale : 1707 une reconstruction presque totale et 1848 qui vit l'édification de la sacristie ainsi qu'une remise à neuf. Abandonnée depuis 1967 elle tomba en ruine depuis cette époque.
En 2004 elle devient propriété de la commune. Une association débute les travaux de reconstruction en 2005. En mars 2011 grâce à des subventions privées et publiques des entreprises ont achevé sa réhabilitation.
Depuis novembre 2011 elle est définitivement restaurée.


La chapelle Sainte-Anne au début du siècle dernier


La chapelle Sainte-Anne en 2000

Un document nous apprend qu'elle fut bénite en 1707, date qui correspond à sa reconstruction. à la suite d'un violent ouragan survenu le 30 décembre 1705.
Le Dimanche 31eme jour de Juillet 1707, la chapelle de Saincte-Anne, située au village de Rohard, a été bénite par noble et discret Messire Jan Challet, recteur de Savenay, en présence de Messieurs Meignen, Bodan prêtres, Gravai sieur de Hautefeuille, Mosnier, sieur de Boyenne et plusieurs autres qui ne signent. Signé : Vaussanges, vicaire de Bouée.
En 1848 elle fut réhabilitée par la famille Legland et se vit adjoindre une sacristie. Elle devint alors un lieu de pélérinage en particulier le jour de la Sainte Anne le 26 juillet.

Voir la page spéciale sur la chapelle

Sur la carte représentant Rohars en 1830 il est fait mention d'un ancien cimetière, mention assortie d'un (?).
A l'examen du lieu du on s'aperçoit qu'à cet endroit nous avons, ou du rocher, ou des terrains inondables en bord de Loire.
Il semble difficile, dans ces conditions, d'y avoir creuser des tombes, à moins que le cimetière supposé soit établi ailleurs.
Barthélémy nous dit : D'après l'inspection de terrain et du plan cadastral, un cimetière devait exister autour de la petite chapelle : il reste le long du chemin un vieux mur qui servait jadis de clôture au cimetière.
Pure allégation : En réalité ce mur dont parle Barthélémy et qui rejoint le village était récent et servait seulement à clôturer le terrain situé entre le chemin et la Loire. Il avait été construit à partir de 1827 par René Moiret qui avait acheté le terrain allant de la chapelle jusqu'à la chaussée du port. Ceci pour y implanter un chantier naval. Il n'a donc rien à voir avec l'histoire du prieuré. Moiret , dans sa demande d'autorisation au préfet en décembre 1826, ne demandait que de pouvoir enfermer sa propriété pour qu'il puisse "en jouir paisiblement".
En 1925, Barthélémy avait sans doute une vision faussée des lieux, le colmatage alluvionnaire était en effet déjà très important.
Dans les documents d'archives publiés dans les différents ouvrages que j'ai consultés je n'ai noté aucune inhumation à Rohars, alors qu'il est fait mention de sépulture à l'église Notre Dame ou même à la Cour de Bouée.

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Saint Anne la chrétienne ou Anna (Ana) la déesse celte ?

Selon certains historiens le culte de Sainte Anne tirerait largement son origine, en Bretagne, de la vénération portée à la déesse celtique Anna ou Ana, déesse de la fertilité et des lieux humides et mère de tous les dieux.
Rohars fut il un lieu où Anna était vénérée dans l'Antiquité ? Sa situation, un rocher dans l'estuaire, rend cette hypothèse possible.
La situation des rochers de Rohars dans l'estuaire étaient propices à l'implantation d'un lieu vénérant la déesse mère des gaulois, reine de la terre et de l'eau, qui souvent se trouvait au milieu des lieux humides sur de petites îles ou rochers.
Sainte Anne deviendra la patronne des marins.
Pour évangéliser les gaulois païens et polythéistes, les bretons qui étaient chrétiens, substituèrent la vénération des saints au culte des dieux et déesses celtes tout en réutilisant la plupart du temps les lieux d'adoration de ces derniers. C'est ainsi que le Mont Saint Michel s'appelait autrefois Tombelaine ou Tombe-Belen c'est à dire, sans doute, le Mont de Belenos.
Saints protecteurs, guérisseurs, patrons de métiers etc... remplacèrent dans l'esprit populaire les différentes divinités qui jouaient exactement le même rôle auparavant.
Il est possible que Rohars fut primitivement un lieu où l'on venait vénérer la déesse Anna et que tout naturellement l'on donna le nom de Sainte Anne à la chapelle qui y fut construite au Moyen Âge.

Sainte Anne la chrétienne qui succède à Anna la celte, est-ce le cas chez nous ?
Nous ne le saurons sans doute jamais mais cette histoire est somme toute assez belle...

A consulter par exemple ou encore ici

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Le prieuré de rohars
L'existence d'un prieuré à Rohars en Bouée, terre marécageuse et infertile, dit Emile Boutin dans son Histoire religieuse du pays de Retz, ne peut s'expliquer, d'après lui, que parce que les chanoines assuraient la traversée du fleuve pour les voyageurs et percevaient un péage. Affirmation gratuite et non étayée par des documents.

Or, nous le savons, le prieuré générait bien des bénéfices en provenance de propriétés agricoles, cantons de prés, vignes etc. situés dans la région proche sur les territoires actuels de Cordemais et Bouée.
Dans les Bénéfices Ecclésiastiques de Bouée du XVIIIe on lit :
Le prieuré de Sainte-Anne dont M. de Bintenais est titulaire, consistant en une chapelle à Rohard, plusieurs cantons de terre, plusieurs cantons de pré, un clos de vigne et un trait de dîmes*. Le tout affermé 1310 livres par an. Sur quoi il faut déduire 307 livres et 52 messes dont ce prieuré est grevé. Il dépends de ce prieuré plusieurs traits de dîmes* en Cordemais affermés 490 livres par an
*Le trait de dîme correspond à la parcelle de terre qui porte la dîme et qui peut être vendue seule
On le voit Emile Boutin ignore manifestement la réalité de l'agriculture et de l'activité portuaire à Rohars au Moyen-Âge. On y traversait la Loire, sans doute, mais grâce à des passeurs ou autres mariniers.
Ce n'était d'ailleurs pas le seul prieuré installé au bord du fleuve dans la région, loin de là, et dans des environnements tout aussi marécageux. Tout près, à l'identique sur son rocher, se trouvait le prieuré du Tertre dont les archives, bien connues, n'ont pas révélé de rôle particulier des moines dans la traversée de la Loire. Le rôle des prieurs était uniquement d'administrer les biens de Blanche Couronne situés dans la région proche.
Nous savons par ailleurs qu'en 1557 le prieuré était administré par un prieur commendataire et donc,
au moins depuis cette date, les moines n'y résidaient plus.
Mais s'il y avait commende c'est bien que des bénéfices en provenance de biens étaient récoltés au titre du prieuré, sinon quel en aurait été l'intérêt ?

Certes, au Moyen Âge, les établissements religieux, prieurés et abbayes, accueillaient souvent les voyageurs et pèlerins qui y trouvaient réconfort, soins et nourritures. Pour autant ce n'était pas obligatoirement leur but premier, surtout dans les prieurés qui relevaient plus de la gestion de biens temporels.
Le prieuré, dédié à Sainte Anne était établi depuis le Moyen Âge
, au moins depuis le XIVe siècle.
Il dépendait de l'abbaye de Sainte-Marie de Pornic, de l'ordre de Saint Augustin. Cette abbaye connut une certaine prospérité mais ne fut jamais très riche. Elle passa en commende en 1600.
La fondation de l'abbaye Sainte Marie de Pornic date probablement du milieu du XIIe siècle, époque de l'installation des chanoines réguliers de l'ordre de Saint Augustin.
Entre autres et proches de Rohars, dépendant de Sainte Marie, se trouvait le prieuré Saint Nicolas de Guermiton, paroisse de Frossay et le prieuré de Notre-Dame d'Aisné, Aine ou Esne, paroisse de Montoir.

- Le prieuré connu sous le nom de Guermiton avait une chapelle dédiée à Sainte-Catherine, située au milieu des prés, sur la rive gauche de la Loire.
Vers 1600, le Prieur y habitait. Il contribua grandement au dessèchement des prairies du Tenu qui n'étaient qu'un marécage. Le prieuré a été vendu le 30 mai 1791, et la chapelle a été détruite. (Site officiel de la mairie de Frossay)
- L'abbé Vertot, habitant Paris, fut titulaire du prieuré d'Esne en Montoir. Dans des échanges de lettres, de 1726 à 1729,on lit : "La chapelle est passablement entretenue (...) il ne peut faire l'inventaire des archives, ne sachant si l'en existe ni où elles se trouvent..." (Inventaire des archives de la ville de Nantes antérieures à 1790).

Un prieuré dépendant d'une abbaye est une administration de biens qui ne peuvent être commodément gérés pour cause d'éloignement.
Le prieur régulier est au départ un moine régulier, le premier (prior) d'entre eux, nommé par l'abbé. Mais souvent, par la suite, un prieur commendataire, ecclésiastique ou laïc*, récolte le bénéfice (commende) du prieuré à son profit à charge pour lui de reverser éventuellement une rente ou mense abbatiale, ce qui était parfois une source de conflits.
*Dans ce cas le laïc devait, en principe, être tonsuré et recevoir les ordres dans l'année.
La commende s'appliquait aussi aux abbayes elle-même et les abbés commendataires étaient nommés par le pape ou le roi.
Gaspar du Gay, chanoine de Notre Dame de Paris, fut en 1600 le premier abbé commendataire de l'abbaye de Pornic. Son successeur, en 1602, fut Guilleaume Pineau qui avait été nommé en 1557 prieur de Rohard.

.En 1557, Jean Heaulme, abbé de Sainte-Marie de Pornic, nomma Guillaume Pineau, prieur de Sainte Anne de Rohars, chapelle située, dit l'acte d'insinuation, sur le territoire de la paroisse de Savenay. (F. Ledoux - Histoire de Savenay)
Sainte Anne de Rohard était donc déjà en commende à cette date. Guillaume Pineau était en effet religieux de Notre Dame du Bourg , il n'était pas moine de l'abbaye. Il devint en 1602, à la suite de Gaspar du Gay, le deuxième prieur commendataire de l'Abbaye de Pornic.

Dans un pouillé* diocésain de 1648 on litRohard - Ordre de Saint Augustin - Sainte Anne 26 juillet. Paroisse de Bouée, fillette de Savenay - Patron : l'abbé de Pornic. - Revenu 350 livres. M. Mesmin
A noter : Fillette signifie paroisse fille ou trève c'est à dire paroisse succursale et M. Mesmin est donc prieur de Sainte Anne de Rohard.

*pouillé : inventaire des bénéfices ecclésiastiques

En 1679, un aveu du prieur Louis Barbier du Metz parle d'une maison et ses dépendances , situées près du rocher de Rohars, en la close du Prieur et qui étaient grevées d'un devoir assez singulier :
Les seigneurs possesseurs et détenteurs des dites choses, les manans et habitants en icelle maison doivent faire passer par gens suffisants, à leurs propres coûts et dépens, conduire et mener par sur l'eau les dits prieurs, et chacun d'eux en son temps, et aussi leurs chiens, gens et serviteurs étant en leur compagnie, avec une barque ou bateau dûment équipé et appareillé, du dit lieu de Rohars au clos de Rays outre Loire, toutefois et quantes il y plaira audit Prieur et commenditaire.
En 1679 le prieuré était en commende et le prieur commendataire (et non commenditaire) utilisait au XVIIème les services des habitants du village pour traverser la Loire.
Que désignait-on dans ce texte par le clos de Rays ? Rays désigne le pays de Retz actuel mais un clos, en principe, n'est qu'une entité limitée, une propriété. Le clos de Rays était peut être être une possession du prieuré de Rohars ou de l'abbaye Sainte-Marie de Pornic sur la rive gauche du fleuve.
Mais peut-être le clos de Rays désigne t'il bien le pays de Retz. Ce serait  l'appellation donnée par Alain Bouchart
(1478- 1530) juriste et chroniqueur breton 

Voir la page spéciale sur la chapelle

Quelques prieurs de Sainte Anne de Rohard
1557
Guillaume Pineau
Prise de possession
1648
M. Mesmin
Pouillé
1679
Louis Barbier du Matz
Aveu
1753
Jean Louis de la Houssaye, prêtre
Inventaire des ornements
1767
Auguste-Marie-Xavier de la Bintinaye, clerc tonsuré du diocèse de Rennes
Prise de possession


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Rohars sur la route de la Bretagne à St Jacques de Compostelle ?

Deux textes à lire en introduction :
1 - Introduction d'une page du site
Saint Jacques et Compostelle mythes, rêves, histoire et patrimoine
Compostelle, quand les fausses cartes font foi
de Madeleine GRISELIN et Denise PÉRICARD-MÉA

L'inconstestable engouement dont font l'objet, depuis une quinzaine d'années, les chemins de Saint-Jacques de Compostelle, premier itinéraire culturel européen, en partie classé au patrimoine mondial de l'Unesco, est un phénomène sociétal qui repose plus sur le mythe contemporain que sur l'Histoire avérée.
Une bonne partie des légendes que transmet la très abondante littérature à propos des chemins de Saint-Jacques repose sur une carte, totalement fausse. (...)
De la carte (juste localisatrice) de Jeanne Vielliard traduisant sous le titre de Guide du pèlerin – une partie d'un manuscrit du XIIe siècle(1) qu'aucun jacquet du Moyen-Âge n'a dû lire – à celle du topoguide de la FFRP qui draîne les pèlerins contemporains sur les voix pseudo-historiques, on glisse doucement de quelques points de localisation à des ébauches de tracés, puis au péremptoire de l'historiquement, mais faussement, correct
...

à lire ici http://www.saint-jacques.info/fausse-carte/faux.htm
(1)
Codex Calixtinus publiée en 1938 sous le titre de Guide du Pèlerin

2 - Extrait d'un site remarquable ARCHITECTURE RELIGIEUSE EN OCCIDENT - ici
il ne faut pas oublier que, comme bien d’autres saints, saint Jacques possède quantité de corps, de têtes, de membres, de dents et autres ossements, voire un poil de barbe… que les dévots de l’apôtre pouvaient aller vénérer dans quantité de lieux proches de chez eux, sans se préoccuper de savoir quel Jacques y était présenté.
Ces multiples sanctuaires ont, pour la plupart, disparu à la Contre-Réforme, mais il en reste de nombreux vestiges architecturaux et mobiliers. Ce sont eux qui ont fait croire, bien improprement, qu’ils balisaient des chemins de Compostelle et qu’ils faisaient partie d’un réseau hospitalier spécialement conçu pour les pèlerins de Galice. Mais c’est une grave erreur de méthodologie que de croire que ces sanctuaires, tout comme des abbayes, des commanderies, des hôpitaux, même des hôpitaux Saint-Jacques ont été construits pour les pèlerins de Compostelle. Les textes parlent d’établissements qui accueillent des « pauvres, des malades et des pèlerins ». Mais des pèlerins, il y en avait partout, et et tous n'allaient pas à Compostelle.

La page complète ici

 
Compostelle, quand les fausses cartes font foi
de Madeleine GRISELIN et Denise PÉRICARD-MÉA

à lire ici http://www.saint-jacques.info/fausse-carte/faux.htm
Un faux document séduisant mais trompeur ! Datée de 1648, cette carte titrée Carte des chemins de S. Jacques de Compostelle est un faux, imaginé et dessiné par un sculpteur, Daniel Derveaux, dans les années 70.

Sur un fond de carte faussement "à l'ancienne", et s'inspirant, sans son accord, des travaux de René de La Coste-Messelière, l'artiste a simplement enjolivé les productions du Centre d'Études Compostellanes, mais ne l'a pas signalé.
La réussite est telle que la carte a été longtemps  en vente dans les musées nationaux (!) et que, sur la foi de cette présence dans de tels lieux, guides et revues la reproduisent à l'infini sans en donner la véritable origine.
Cette carte est doublement fausse, par sa date et par l'information qu'elle donne car les chemins tracés ne sont pas des chemins de Saint-Jacques ni même des voies de communication médiévales.
Texte extrait du site Jacques le Majeur et Compostelle 

Des pélerins à Rohars, qui en parle ?
Emile Boutin, historien du Pays de Retz, écrit 
:

A l'époque prospère de l'abbaye de Sainte-marie, les religieux, installés à Rohars
, assuraient le passage par petits bateau vers le Migron, en Frossay, sur la rive gauche du fleuve. A moins de remonter jusqu'à Nantes, c'était là qu'on traversait la Loire. Le trafic était incessant ; gens du roi, négociants, prêcheurs et pèlerins de Compostelle. 
Emile Boutin - Histoire religieuse du Pays de Retz - 1999

Et surtout ! :
Les grandes routes bretonnes convergeaient vers le sud. Elles convergeaient toutes vers Auray. De là une route unique gagnait Guérande, puis la Loire où les pèlerins trouvaient à Rohars un prieuré dépendant de l'abbaye Sainte-Marie de Pornic. Les moines étaient spécialisés dans le passage des jacquets.
E. Boutin - Chroniques d'une petite province, le Pays de Retz 1997


Soyons un peu sérieux...
En lisant ces lignes on en déduirait presque que Rohars était le point de passage obligé et unique de la Bretagne à St Jacques de Compostelle !
Mais, en réalité, les voies pérégrines empruntées par les jacquets, du reste fort peu nombreux, ou autres pèlerins et voyageurs venant de Bretagne, convergeaient vers Vannes et Redon pour aboutir à Nantes
où ils trouvaient des structures d'accueil bien organisées d'auberges, d'hôpitaux et d'aumôneries. L'aumône représentait un jour franc de nourriture, logis et soins par pèlerin sauf en cas de maladie(1).
Dans leur immense majorité Ils traversaient la Loire à Nantes en empruntant cinq chaussées grâce à six ponts pour arriver à la forteresse de Pirmil dans le quartier... Saint Jacques.
C'est ce que nous apprennent les spécialistes (ou considérés comme tels !) des itinéraires (supposés) du pèlerinage de St Jacques de Compostelle, en tout cas ceux qui ne sont pas influencés par leur origine géographique !  Tous les ouvrages que j'ai consulté sur la question me l'ont confirmé. Seul Boutin parle d'une route unique Auray - Guérande - Rohars.
Pour donner une idée plus précise seuls 15 pélerins de Bretagne furent hébergés à l'hôpital des Rois Catholiques pour les années 1630 à 1655. Sur un total de 675 français en 25 ans. Cet hôpital était un des principaux accueils à Compostelle.
Le passage à Rohars n'était certainement qu'accessoire, les pélerins étant rares et la chapelle Ste Anne n'avait évidemment rien à voir avec ces migrations religieuses.
L'attachement à sa région d'Emile Boutin le pousse à quelque exagération et du reste dans ses Chroniques le reste du chapître est en contradiction avec son affirmation sur Rohars puisqu'il précise plus loin que Nantes et Saint Jacques de Pirmil était le lieu de passage utilisé par la grande majorité des pèlerins d'Armorique. Tout cela paraît bien contradictoire...!
Il n'indique pas, non plus, ce qui lui permet d'affirmer que les moines étaient spécialisés dans la traversée des jacquets ou autres pèlerins.

Le texte suivant est très intéressant :
À Nantes,deux possibilités de voyage s’offrent aux pèlerins :
Emprunter la voie maritime ou les chemins terrestres.
Nantes avait alors conclu un contrat de contractation avec la ville de Bilbao en Biscaye dans les Asturies, favorisant les échanges économiques entre ports de l ’Atlantique et attesté par les ducs de Bretagne.
Les pèlerins choisissant la voie maritime(2)profitaient de ces voyages commerciaux.
Outre Nantes, plusieurs embarcadères s’échelonnaient sur les rives du fleuve, dont Rohars, Lavau ainsi que le Pellerin et le Migron sur la rive gauche.

Emmanuelle Morin - Nantes sur la route de Saint Jacques de Compostelle- Supplément Nantes Passion janvier 2005 - article écrit avec le concours d'Antoine Sanchez et Alain Noorkan de l'association bretonne des amis de Saint Jacques de Compostelle.
NOTA :  La Contractation (contrat de commerce) fut signée en 1429 par le duc de Bretagne Jean V et le Roi de Castille en Espagne pour développer le trafic entre la Bretagne et l'Espagne.

Rohars pouvant servir à l'embarquement de pèlerins sur les navires marchands en direction de l'Espagne, ceci concorde avec le fait que nous savons qu'au XVIème, notre port était le port d'attache de négociants espagnols d'une confrérie appelée La Société des Senores du Sauf-Conduit qui deviendra La Contractation en 1601.

Rohars a pu être utilisé par certains jacquets ou autres pèlerins, certains y traversaient peut être la Loire, mais plus sûrement le port servaient à l'embarquement sur les navires espagnols pour ceux qui avaient choisi la voie maritime pour l'aller mais aussi pour le retour.
Emmanuelle Morin précise pourtant dans son article qu'il ne reste malheureusement aucune trace écrite de ces passages.

Rohars a été sans conteste un point utilisé pour la traversée de la Loire comme tous les petits ports d'estuaire..
Mais rien ne prouve, semble t'il, que les moines du prieuré en étaient les spécialistes au Moyen âge. Du reste les religieux affectés à des prieurés étaient là pour gérer les biens de l'abbaye de rattachement et avaient peut être autre chose à faire surtout si le trafic était incessant !
Nous savons de vraisemblablement depuis 1557 il n'y avait plus de moines à Rohars.
D'autre part l'abbaye de Pornic n'a jamais comporté qu'un petit nombre de prêtres-moines, six ou sept au XVIe. Ses prieurés n'étaient donc sans doute pas très pourvus en religieux lorsqu'il y en avait encore.
Y a t'il eu réellement plusieurs moines résidents à Rohars, rien n'est moins sûr.
..
En 1679 le prieur commandataire était obligé d'utiliser les services des habitants de Rohars pour se rendre sur la rive sud.

Sur quoi se fonde Emile Boutin pour affirmer que les moines assuraient le passage des voyageurs(3), se base t'il sur des documents d'archives de l'abbaye de Pornic ? Ce n'est pas précisé.
Est-il vraiment sérieux d'affirmer, comme je l'ai lu(4), que Rohars était un point de passage privilégié pour les pèlerins de St jacques de Compostelle alors que les cartes des voies pérégrines attestées aboutisssent, pour la Bretagne, à Nantes ? L'utilisation éventuelle de la voie maritime par certains voyageurs à partir de bateaux mouillés dans les petits ports de l'estuaire est peut-être à l'origine d'une certaine confusion.

(1) Les faux pèlerins qui abusaient (déjà!) du système étaient appelés les "coquillards"
(2) Dans leur grande majorité les pèlerins choisissaient la voie terrestre.
(3) A  titre de comparaison, dans les archives du prieuré Saint Hilaire du Tertre, proche de Rohars et situé lui aussi en bord du fleuve en la paroisse de Lavau, il n'est pas question d'implication des moines dans la traversée de la Loire au Moyen Âge.
Voir la page spéciale

(4) Site Internet Estuarium - page sur le port du Migron

L'Association Bretonne des Amis de Saint Jacques tente de nous renseigner sur les chemins bretons.
Pourquoi des chemins de Saint Jacques en Bretagne ?
A première vue, le fait a en effet de quoi surprendre, notre région n'ayant jamais revendiqué un passé « jaquaire » de premier plan, les grands itinéraires de concentration de pèlerins se situant à Tours, Vézelai, Le Puy en Velay et Saint Gilles du Gard, donc très à l'est de nos clochers. N'en déduisons pas pour autant que nos « concitoyens » furent loin de l'aventure compostellane à laquelle ils participèrent comme on s'en doute, le plus souvent par les voies maritimes.
la Bretagne possède trois itinéraires tracés, balisés et officialisés sous le qualificatif de « Chemins de Saint Jacques » :
Toutes ces voies fusionnent à Redon, et c'est ce chemin de Bretagne qui gagnera en passant par Fégréac –autre lieu jaquaire d'importance- Nantes et Clisson, d'où il va se greffer à la voie de Tours au niveau de Saint Jean d'Angély.
Site de l'évêché de Vannes

Si votre voisin part en pélèrinage vous pourrez effectivement affirmer le lendemain que la voie qui passe devant chez vous est une route qui mène à Saint Jacques de Compostelle !
Pour autant elle n'en deviendra pas un itinéraire jacquaire reconnu...
Les pèlerins s'efforcaient de rejoindre le plus rapidement possible les chemins de Compostelle attestés, pour des raisons de sécurité et aussi pour y trouver les auberges et aumôneries qui longeaient leurs parcours.
La Bretagne n'a toutefois pas eu un passé jacquaire de premier plan. On parle plutôt d'itinéraire d'approche. La grande voie (pseudo ?) historique la plus proche allait de Paris à Bordeaux en passant par Tours.
Mais Redon et Fégréac, par exemple, sont reconnus par les spécialistes (?) comme étant, en Loire-Atlantique, des lieux jacquaires d'importance en direction de Nantes. De toute façon on est loin de Rohars !
Après Nantes et Clisson le chemin allait se greffer à la voie de Tours au niveau de Saint Jean d'Angély.

A consulter le site de l'Association Bretonne des Amis de Saint Jacques

Et surtout
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Le port

la route, la chaussée
vers Rohars
l'Antiquité et
le Haut Moyen-Âge
Le Moyen Âge
XVIe siècle -
le négoce espagnol
XVIIe siècle
XVIIIe siècle
la Révolution
La Traite des noirs
Rohars
sous la révolution

par Bernard DAVID
XIXe siècle
le déclin
XXe siècle
l'abandon
Aujourd'hui -
le souvenir d'un riche passé
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La chaussée, la route vers Rohars

Aucun relevé archéologique n'est jamais venu étayer l'hypothèse d'une route antique aménagée entre le bourg de Bouée et Rohars. Cette chaussée est d'évidence le résultat naturel d'un dépot alluvionnaire le long de l'étier de Rohars. Cet étier de marée s'étant formé lui-même à partir des rochers dans l'estuaire vers le plateau de Bouée. Cette chaussée naturelle fut utilisée pour l'accès à la Loire dans des conditions certainement souvent très difficiles.

Depuis quand la route, la chaussée, menant à Rohars est elle vraiment régulièrement pratiquable ?
Cette voie était la plus solide à Bouée au XVIIIème ce qui est logique quand on sait l'importance du port de Rohars dès le Moyen Âge.
François Ledoux supposait que le chemin antique qui, pensait t-il, allait de Blain à la Loire, accédait probablement à Rohars. Mais il n'avait pas étudier l'évolution des eaux de l'estuaire. L'accès au port par la terre ferme devait, autrefois, être souvent aléatoire et tributaire du niveau des eaux qui recouvraient régulièrement les prairies et les chemins.

Jusqu'àu début du XVIIIe siècle la voie entre la Bouquinais et Rohars n'était qu'une chaussée sans le moindre apprêt et empierrements, comme tous nos anciens chemins de campagne, donc totalement défoncée par le passage des bovins et des charrettes tout au long des périodes humides, pluie ou grosse marée. (Bernard David)

Le 4 juillet 1790 le conseil municipal demanda la construction d'un chemin entre le village de la Bouquinais et celui de Rohars aux administrateurs du district qui avaient demandé aux communes de dresser une état de leurs besoins.
Ce qui veut dire qu'à cette époque cette voie n'était encore qu'une chaussée difficile le long de l'étier de Rohars qui ne correspondait plus au besoins des habitants pour l'embarquement des grains et l'importation des choses nécessaires.
L'espoir d'un développement économique était fort à ce moment là mais il fut bien déçu par la suite et la situation empira.

Cette chaussée pouvait être quelquefois inondée tout l'hiver sur une longueur importante comme le signalèrent les administrateurs du district le 27 vendémiaire An III (18 Octobre 1794) à l'ingénieur en chef de la marine à Nantes.
(...) depuis dix jours la marée a couvert plus d’un demi-quart de lieue de terrain. Il y a par endroits plus de cinq pieds d’eau et si la marée de la nouvelle lune donne encore comme il y a apparence, l’eau ne se retirera pas de tout l’hiver.
Il est possible, par conséquent, que l'accès à Rohars s'effectuait parfois par bateau à partir de la Bouquinais, par exemple.

L'assèchement des marais au XVIIIe et XIXe, l'endiguement au XIXe et XXe et le creusement du chenal navigable ont profondément modifié l'allure de notre environnement mais aujourd'hui encore il peut arriver, par forte marée, que l'eau recouvre la route de Rohars en certains endroits.

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Rohars dans l'Antiquité et le Haut Moyen-Âge

En réalité on connaît mal encore l'allure de l'estuaire dans l'Antiquité et on ne peut préciser aujourd'hui la part des terres marécageuses et celle des terres recouvertes constamment par les eaux. (Provost CAG 1988).
Cette époque se caractérise par une extrème fluctuation des rives estuariennes, en raison de l'environnement d'une part et de l'impact, encore mal apprécié, des défrichements d'autre part.
(Bouvet et Saulce - Estuaria N° 5).


Représentation de l'estuaire de la Loire par MNTU (Modèle Numérique de Terrain Unifié)

Une topographie MNTU de l'estuaire de la Loire depuis le fond du fleuve jusqu'aux coteaux met en évidence la plaine alluvionnaire.
On voit que Bouée, comme ses voisines, est une presqu'île qui s'avance dans l'estuaire. Dans l'Antiquité et Haut Moyen Âge l'eau du fleuve remontait certainement largement, à marée haute, jusqu'au coteaux du Sillon de Bretagne.
Les villages de Bouée sont tous, hormis Rohars, en bordure et à l'intérieur du plateau surplombant, aujourd'hui les marais, hier les eaux de l'estuaire. Cette vision est indispensable pour la compréhension de l'histoire de Bouée et accessoirement pour l'explication des toponymes.
Aujourd'hui, en périodes pluvieuses et aux grandes marées, lorsque les marais débordent, on peut s'imaginer encore l'allure que devait avoir l'estuaire de la rivière de Loyre, estuaire qu'au XVe siècle on appelait encore une rivière de mer.

Aucune preuve de l'occupation de Rohars dans l'Antiquité, aucun élément concret, aucune découverte, aucun indice toponymique ne permettent d'affirmer aujourd'hui que Rohars était un port utilisé à l'époque gallo-romaine et encore moins que pour y accéder il existait une voie romaine.
Le seul élément utilisé abusivement par certaines personnes est la pierre de Rudesse, stèle gauloise et non borne de voie romaine, mais qui précisément se trouve en bordure du plateau à la Gautrais et pas du tout à Rohars.

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Le Moyen Âge

Ce n'est qu'au Moyen Âge, après l'an mil, les invasions vikings terminées, que les alluvions naturels aidant, le port s'est développé sur les rochers. Auparavant les abris sur l'étier de marée devaient se trouver plus en amont, par exemple à la Bouquinais (une bouque signifie l'entrée d'un port, une passe, un canal en terme de marine).
Le colmatage alluvionnaire, l'augmentation de la taille des bateaux ont nécessité le déplacement d'anciens ports d'abri vers le chenal navigable de la Loire. Rohars, dans ce cas de figure, représentait un lieu parfait par sa position dans l'estuaire comme port d'attache, de commerce, mais aussi de point de traversée du fleuve.

Un livre édité en 1520 dont l'auteur est Pierre Garcie dit Ferrande, marin, maître en navigation de Saint-Gilles-sur-Vie, nous renseigne sur les difficultés de la marine à la fin du Moyen Âge. La date de rédaction de cette oeuvre est estimée à 1483.
Il s'agit d'un manuel de navigation à vue. L'estuaire de la Loire y est traité et en particulier, ce qui nous intéresse, le passage devant Rohars de Lavau à Cordemais.

S'ensuyt la vraie routte pour aller en la ryviere tres dangereuse de Loyre iusques à la noble et puissante ville de nantes.
Il en ressort, à plusieurs reprises, que le parcours entre Lavau et Cordemais est très dangereux et rocheux.
D'abord deux extraits :
Le second
(village) en amont de Lavaux, nommé Cordemyers (...)
et ne range poinct devant le nord ; car ilz ne sont que dangers et roches qui vont hors.
- Extraits qui précisent bien que Cordemais est le deuxième village après Lavau, le premier étant sans doute Rohars, et qu'au nord il n'y a que des dangers et des rochers qui émergent.
Ensuite :
Et garde que pause si hors, que aye le clochier de Cordemyers parmy le meillieu du village de Cordemyers, devant nommé, qui est le second en amont de Lavaux, et bort à bort de la rivière ; car en terre ne sont que rochers.
- Il faut donc se caler sur Cordemais, son clocher, son village, bien au bord du chenal car entre Lavau et Cordemais la terre n'est bordée que de rochers.
Et encore :
Sache que dès Lavaux iusqu'au village de Cordemiers, du costé devers le nort, ne sont que dangers et rochers.
- De nouveau le côté nord entre Lavau et Cordemais est signalé comme n'étant que du danger et des rochers !

Rohars n'y est pas nommé mais Cordemais est identifié comme étant le second village en amont de Lavau donc notre port est bien pris en compte. Il signale aussi les clochiers de Lavaux et Cordemyers mais pas celui de Bouée, et pour cause, l'église n'existe pas encore*.
Il n'indique pas non plus de chapelle à Rohars alors qu'ailleurs certaines sont signalées (Port Launay, Couëron, par exemple). Mais n'en tirons pas de conclusion hâtive car le but de cet ouvrage n'est pas de décrire de façon exhaustive tous les villages estuariens mais de remonter la Loire en toute sécurité.
Ce qui est sûr c'est que longer Rohars est très dangereux à cause des rochers et qu'aucun repère intéressant n'y est signalé, pour la navigation à vue.
*La chapelle primitive daterait du XVIe siècle, la nef du début du XVIIe.

J'ai utilisé ici, le chapitre, LA NAVIGATION DANS L'ESTUAIRE DE LA LOIRE d'Alain Gallicé et philippe Trémel, paru dans Estuaria N°5.
Par ailleurs l'ouvrage de Pierre Garcie est consultable sur Gallica ici

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XVIe siècle - le négoce espagnol

Les ports d'estuaire consistent la plupart du temps en vasières utilisées en havres d'échouage où des bateaux à fond plat, toues, chalands, gabares, assurent au gré des marées le chargement et déchargement de matériaux, bêtes, grains, foin etc.
Mais Rohars fut aussi, grâce à sa structure rocheuse, un port d'attache de navires de commerce maritime.

Aux archives municipales de Nantes est conservé un régistre des comptes de la confrérie des "Senores du Sauf-Conduit".
Cette société qui deviendra en 1601 La Contractation(1)fut fondée par des négociants espagnols qui armaient primitivement une flotte d'une quinzaine de bateaux.
Dans le régistre on y voit inscrits, sans doute par André Ruyz, les navires de 1552 à 1560 qui comportent les noms suivants :
La Maria, 50 tonneaux(2), du port de Rohars dont est maître après Dieu Pierre Brunel, de Rohars.
Le Santiago de Rohars, 50 tonneaux, commandé par Julien Thomas de Rohars.
La Bonne Aventure, de Rohars, 45 tonneaux, commandé par Jamet Colin de Rohars.
La Sainte Anne, de Rohars, 50 tonneaux.
La Julianna, de Rohars, 90 tonneaux, commandée par Guillaume Colin de Rohars.
La Trinité, de Rohars, 50 tonneaux, commandée par Juan Améa de Rohars.
Une autre Maria , de Rohars, 100 tonneaux, commandée par Pierre Colin de Rohars.
La Antona, de Rohars, 90 tonneaux, commandée par Mirel de Rohar
s.

Ainsi la flotte des négociants espagnols était au moins pour moitié établie à Rohars. La Contractation existera jusqu'en 1733.
(1) Contractation signifie "Accord de commerce" .
(2) A titre de comparaison les caravelles de Christophe Colomb jaugeaient de 40 à 60 tonneaux. Un navire de 50 tonneaux mesurait environ 10 mètres.

En 1573 on retrouve deux navires de Rohars de 80 tonneaux chacun qui faisait partie d'une flotte armée par ordre du roi Charles IX pour aller reprendre Belle-Île occupée par le comte de Montgomery, chef protestant meurtrier de Henri II.
L'Espérance , du port de Rohars appartenant à Pierre Brunel de Rohars.
La Fleur de Lys, dudit Rohars, appartenant à Guillaume Magouet de Rohar
s.

Après 1573 Barthélémy ne trouve plus de trace du port dans les archives.
Nul doute que les troubles de la ligue et les guerres de religion affectèrent la vie et l'activité de notre petit port, comme ils affectèrent la marine nantaise en général.

Une lettre d'absolution du Roi Henri IV envers le chevalier du Goust à la fin des guerres de religion mentionne ses faits de guerre et entre autre plusieurs entreprises sur ceux qui s'estoient eslevez en armes contre nous, notamment (...) des hâvres de Lavau, Donges, Couëron et autres. (...) prises et emprises desd. places et hâvres (...) que luy et sesd. soldatz ont faict es années 1589, 90 et 91.
Barthélémy en déduit que Rohars fait sans doute partie des autres havres et qu'il est probable que le port subit alors les démantellemens, démollitions et bruslements de maisons en faict d'hostillité dont parle la lettre de rémission.
Durant la période des guerres civiles la région a été profondément marquée par les pillages et exactions en tout genre dont Jean VI de Montauban, chevalier du Goust, ne fut pas le moindre artisan.

Dans l'enquête du Parlement de Bretagne qui suivit on apprend grâce au témoignage de Pierre Trouillard notaire de la Haie de Lavau que en 1590, dans le bourg de Bouée, Laujardière, frère cadet du chevalier massacrèrenrt une douzaine de personnes et tuèrent un pâtre jusque dans l'église (...) Il est connu que dans le pays et à neuf ou dix lieue à la ronde, le chevalier a ruiné et fait ruiner tout le peuple, de façon que la plupart en sont morts et les autres réduits à mendier leur vie ou à s'absenter du pays.
Dans ce contexte on imagine mal que Rohars ait pu échapper aux ravages des troupes du chevalier du Goust.

L'Edit de Nantes sera signé en 1598 par Henri IV, qui mit un terme aux guerres de religion.

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XVIIe siècle

A la fin des guerres de religion la flotte nantaise subit une crise terrible.
Aux commencement du XVIIe siècle il n'y avait presque plus de navires dans le port de Nantes.(Barthélémy)
Les ports d'estuaire en étaient bien évidemment affectés, dépendants, qu'ils étaient, de l'activité nantaise.
Remis des troubles, le port de Nantes connut un nouvel essor pour devenir le premier port français à la fin du siècle.

Des navires de la Contractation étaient ils toujours à Rohars ? Dans leurs régistres de délibérations peu de renseignements concernent les affaires maritimes.
Par contre on y retrouve le nom des d'Espinose seigneurs de la Rostannerie en Bouée : Jacques en 1613, un sieur de la Rostannerie d'Espinose de 1653 à 1655 et Paul en 1677.

Barthélémy signale que Colbert n'indique pas Rohars dans une enquête faite après 1660 sur les ports de la Loire.

Sans doute notre port exista t-il au XVIIe essentiellement pour le transport du foin, du blé, du bois etc., ainsi qu'au passage du fleuve et à la pêche. Servait il encore de port de mouillage pour des navires de commerce ? Nous ne le savons pas.

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XVIIIe siècle et la période révolutionnaire

Est-il besoin de rappeler que son titre de premier port du royaume, Nantes le devait, à cette époque, à la Traite des Noirs qui, débutée en 1688, durera jusqu'au milieu du XIXe siècle. Aboli après la Révolution en 1794 mais rétabli par Bonaparte en 1802, l'esclavage dans les colonies ne fut définitivement supprimé qu'en 1848 par le décret de Victor Schœlsher. Jusqu'à cette date la Traite, pourtant interdite officiellement en 1815 par Napoléon pendant les Cent-Jours puis en 1817 par une ordonnance royale, continua à être pratiquée de façon illégale.

On aimerait être sûr que notre port n'ait jamais participé, de près ou de loin, à ce commerce triangulaire appelé hypocritement  le commerce de bois d'ébène !

La Traite des Noirs : rumeurs et réalité du commerce triangulaire.
Rohars n'est sans doute pas directement concerné mais notre port a vu passer les navires négriers et j'en profite pour rappeler ce qu'était le commerce de la traite transatlantique à partir de Nantes.
En effet, dans la région, des rumeurs faisaient état, à l'époque, d'esclaves enchaînés dans des caves nantaises, des souterrains voire même des propriétés en bord de Loire.
Ceci est faux et absurde mais malheureusement certaines personnes, mal informées, colportent encore aujourd'hui cette légende démentie par tous les historiens. J'ai ainsi entendu affirmer, en toute bonne foi, par le propriétaire d'un domaine de bord de Loire, proche de Bouée, qu'une de ses dépendances servaient autrefois à enchainer les esclaves malades lorqu'ils remontaient la Loire ! Ceci démontre une méconnaissance de la réalité de la traite des noirs, pourtant bien connue, telle qu'elle se pratiquait à partir de l'Europe.
Rappelons le bien fort : les captifs africains ne transitaient jamais par la France.

En effet, comme son nom l'indique parfaitement, le commerce triangulaire consistait, pour les navires négriers, à boucler un voyage en trois parties bien distinctes.

Le commerce triangulaire
1er côté du triangle

D'abord, de Nantes (entre autres) jusqu'aux côtes africaines, les navires voyageaient chargés de pacotille*, c'est à dire de marchandises, bijoux, tissus etc. Ils étaient ensuite transformés par le charpentier pour augmenter la capacité du bateau par l'adjonction de plate-formes dans l'entrepont
2ème côté du triangle

La pacotille était échangée auprès des chefs africains locaux contre des captifs qui allaient ensuite voyager, à travers l'Atlantique, dans des conditions épouvantables, la mortalité était importante, vers les colonies du Nouveau Monde et être vendus sur des marchés aux esclaves pour servir de main d'oeuvre.
3ème côté du triangle
Le triangle, enfin, était bouclé par les navires revenant des Amériques ou des Antilles, chargés de coton, sucre, etc. Mais il n'y avait évidemment plus d'esclaves enchaînés à bord. Les bateaux avaient d'ailleurs été préalablement été remis dans l'état initial par le charpentier du bord.
Les seuls africains qui ont été acheminés en Europe étaient des individus sélectionnés par les marchands pour être formés comme cuisiniers, majordomes, servantes etc. Mais ils étaient en petit nombre et certainement mieux traités. Rien à voir avec des prisonniers enchaînés dans de sombres prisons, l'esclavage était d'ailleurs illégal en France métropolitaine.

*Le terme de pacotille, désignant aujourd'hui des objets de faible valeur, n'avait pas à cette époque la même signification, il définissait un ensemble de produits, sans préjuger de leur valeur. Parmi ceux-ci, nombreux étaient relativement chers, comme les textiles. (O.P.G.)


Les ports de Rohars et Lavau sont décrits comme florissants au XVIIIème siècle dans une lettre des Ponts et Chaussées de 1925.

Le 4 juillet 1790 une délibération du conseil municipal souhaite la construction d'un chemin depuis le village de la Bouquinais à Rohars. A Rohars, qui comptait près de 60 habitants en 1789*, on embarquait les grains du pays pour les conduire à Nantes et on y importait les choses nécessaires. Aussi la municipalité désirait-elle améliorer sensiblement le passage de ces marchandises.
*Parmi eux, quelques employés des fermes du Roi, des précurseurs des douaniers, qui luttaient contre la contrebande,

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XIXe siècle - le déclin
Les informations concernant le port au XIXème et XXème siècles sont largement tirés des travaux de recherches d'Estuarium.

Dans la première moitié du XIXe siècle, le bourg de Cordemais, situé au coeur d'un pays agricole très fertile, se trouve être le point vers lequel on dirige une énorme quantité de blés pour l'exportation maritime.
Pourtant, l'embarquement s'effectue dans le port voisin de Rohars, commune de Bouée,
et ceci dans une difficulté extrème, ce qui force la plupart du temps à descendre au port de Lavau, à 5 km en aval, l''exportation des grains de la Basse-Loire vers l'Angleterre connaissant un développement considérable. le Département décide donc de faire construire un débarcadère à Cordemais.

L'édification de nouvelles cales sur l'estuaire va s'étendre sur une période de 50 ans environ (de 1840 à 1890) : Méan entre 1845 et 1874, Lavau en 1850, le Migron en 1856-57, Cordemais en 1868.
A Rohars c'est en 1860-61. Elle est longue de 89,60m et large de 8m, un petit terre-plein lui est adossé coté aval. Des réparations et un premier exhaussement de la cale sont réalisés en 1867. L'envasement est à l'origine d'un premier rallongement en 1870 puis d'un second en 1900.

A cette époque l'activité de Rohars comprend encore, outre la pêche en Loire, des expéditions de foin, roseaux, céréales, bétail etc. et la réception de sable, bois de construction et biens diverses. Rohars a été une escale des vapeurs qui assurait l'acheminement de voyageurs entre Nantes et Saint Nazaire. La traversée du fleuve y était également assurée par des passeurs vers le sud de la Loire.

Un chantier naval a existé au début du XIXe, Bernard David en a trouvé les preuves aux Archives départementales.


Plan du 14 octobre 1859. Source ADLA S 757. Cliché D. Pillet, Inventaire Général

 

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XXe siècle - l'abandon
1900 marque un tournant dans l'histoire des petits ports de l'estuaire de la Loire.
En effet, contrairement au XIXe siècle au cours duquel les ingénieurs des Ponts et Chaussées ont répondu positivement aux sollicitations des communes riveraines du fleuve, de nombreux témoignages démontrent un changement d'attitude de la part de l'administration quant à la question des " petits ports ".
La cale de Rohars, l'île Pipy au fond et le bras de Lavau vers 1910. Cette photo nous montre un canal encore assez large mais le colmatage alluvionnaire est déjà important et la navigation va devenir difficile avec l'endiguement effectué pour retenir la vase et boucher le bras de Lavau.

En 1867 la chambre de commerce de Nantes met à l'étude deux projets. Le premier retenu consistera à créer un canal artificiel de Frossay au Pellerin, ouvert en 1892 et fermé dès... 1913..
Le second prévoit par endiguement et dragage de resserrer le lit du fleuve réduit à un chenal unique en l'ouvrant vers la mer.
En raison de l'échec du canal ce deuxième plan va rapidement être mis en chantier.

En 1903 une première loi de programmation visant l'aménagement de l'estuaire est lancée.
Elle consiste à mettre en application les études, nouvelles à l'époque, de l'ingénieur Lechalas qui en 1867 avait préconisé d'ouvrir le chenal en entonnoir vers la mer. Cette loi permet en plus du dragage et du déroctage, d'endiguer la Loire du Pellerin à Paimboeuf afin de combler les bras secondaires.
Entre 1900 et 1914 la profondeur du lit navigable va être multipliée par 6 !
Les théories de Lechalas seront donc pleinement confortées et reprises par la suite dans des estuaires du monde entier.
Mais dans la Loire elle vont précipiter la disparition des petits ports d'estuaire déjà menacés par l'envasement naturel.

Ce qui suit nous concerne directement car le bras de Lavau se situe entre Rohars et l'île Pipy.
Les différents courriers rendent bien compte de la volonté de l'époque d'abandonner à leur sort tous les petits ports d'estuaire afin d'avantager le creusement du chenal principal.

À Lavau, le conseil municipal en date du 5 septembre 1909 attire l'attention sur :
la situation lamentable où se trouve les abords du quai de Lavau et l'étier qui sert de port
Le port de Lavau a une importance considérable :
- pour le transport des matériaux de construction (bois, pierres, sables, chaux, utilisés dans la région),
- pour le transport des foins récoltés sur les îles et dans les grandes prairies de la commune
- pour le refuge par mauvais temps des nombreux canots
Considérant d'autre part que les travaux de dévasement exécutés vers 1893 et 1905 n'ont pas amené d'améliorations.
Voici la réponse faite par l'État le 18 décembre 1909 à travers le rapport de l'ingénieur des Ponts et Chaussées :
Le bras de Lavau présentait autrefois un chenal assez profond. Les nombreux petits voiliers qui sillonnaient la Loire pouvaient y passer et l'étier de Lavau était un excellent abri pour ces bateaux et pour les bateaux de pêche.
Tous les autres petits ports situés entre Nantes et Saint-Nazaire étaient dans la même situation florissante, mais aujourd'hui, la petite navigation à voile tend à disparaître, l'industrie de la pêche a perdu de son importance ; il ne vient plus à Lavau que quelques voiliers d'un tirant d'eau maxi de 3,50 m pour le chargement des pierres de la carrière, quelques embarcations de pêche et des toues dans la période de coupe des foins et des roseaux à l'estacade de la Garenne (carrières de Lavau).
Les travaux demandés par le conseil municipal semblent exagérés et nullement justifiés par le trafic du pays.

Un ingénieur des Pont et Chaussée témoigne en 1924 :
Au sujet de l'envasement du port de Rohars à Bouée : "La jetée du port de Rohars est un ouvrage très ancien
dont la date d
e création ne nous est pas connue. Elle date d'une époque antérieure à 1820, où les courants, après avoir heurté les roches de Corsept, étaient rejetés sur le bras de Lavau qui était alors le bras principal de navigation […] dans cette portion du fleuve, il est certain qu'avant août 1870, d'importants engrossissements vaseux se produisirent, car à cette époque on s'est préoccupé de défendre l'accès du port par un exhaussement de la cale de Rohars. Un travail analogue avait d'ailleurs été exécuté dès 1851 pour le petit port voisin de lavau. L'envahissement des vases ne pouvait être attribué à cette époque aux travaux d'amélioration du fleuve, qui n'étaient pas encore envisagés. […] Remarquons que dans l'intervalle de 1870 à 1900, les travaux d'endiguement de la Loire n'étaient pas commencés. C'est donc par le jeu des forces naturelles du fleuve que s'est produit l'engrossissement progressif de la région Rohars - Lavau
ETHNOPOLE ESTUARIUM Étude historique et ethnologique des " petits ports " de l'estuaire de la Loire Mai 2004

Le 3 décembre 1925, c'est un marin pêcheur de Lavau qui écrit au président du Conseil,
Monsieur Briand, député de Loire-Atlantique, au sujet de l'état du port :
"Au sujet de l'estacade de Lavau, c'est à peu près de l'argent dépensé inutilement.
Si tu avais la bonté de prévenir le conducteur des Ponts et Chaussées de nous faire enlever les pierres qu'ils ont déposé à Rohars (à la tête de l'île Pipi, en face de Rohars)
qui contribuent à faire boucher tout le bras de Lavau, de manière à avoir un courant d'eau suffisant pour dégager notre estacade de vase. Nous sommes une quantité de petits marins pêcheurs qui avons tous besoin de manger, nous avons les pêcheurs de Basse-Indre, de Trentemoult, de Nantes qui descendent chez nous.
Enfin, tous les pêcheurs des environs se joignent à moi pour te faire une réclamation.
La réponse de l'administration des Ponts et Chaussées apporte un éclairage particulier sur les origines de la dégradation des conditions de navigation dans les petits ports en aval de la Basse-Loire :
Selon Monsieur Septier, il faudrait déboucher la bras de Lavau en enlevant les digues qui obstruent son extrémité amont et empêchent le jusant de traverser ce bras. Les observations de Monsieur Septier sont très justes et c'est d'ailleurs ce qu'ont recherché les ingénieurs de la Loire en endiguant le bras principal. Cependant, nous ferons remarquer que si les ports de Lavau et Rohars ont été florissants au XVIIIe siècle, au cours du XIXe siècle par suite du jeu des forces naturelles, cette situation s'est trouvée modifiée et bien avant les travaux exécutés en Loire, le bras de Lavau, abandonné par le courant s'est peu à peu envasé comme l'a fait plus en aval le chenal de Corsept qui se trouve aujourd'hui complètement colmaté.
C'est ce qui a nécessité les travaux successifs d'exhaussement qui ont dû être exécutés en ce temps là au môle de Lavau, en même temps qu'aux ouvrages du port voisin de Rohars.


Plan d'août 1931. Source ADLA 1904 S 757. Cliché D. Pillet, Inventaire Général

Sur ce plan de 1931 on constate que l'envasement du port est déjà très important

Dans la réponse de l'administration il est aussi précisé :
A notre sens, si les habitants des ports situés sur le bras de Lavau avaient eu une réelle compréhension du phénomène, ils auraient dû hâter le comblement de ce bras […] et chercher à raccorder le plus rapidement possible leur village, par voie de terre au lit désormais fixé du fleuve.
En clair, on reproche aux habitants de Lavau et Bouée de ne pas avoir déplacé leurs ports vers le chenal navigable en bouchant plus vite le bras de Lavau et en construisant les routes nécessaires..!

Voir l'étude d'Estuarium sur les ports de Basse-Loire

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Aujourd'hui - le souvenir d'un riche passé

Une cale sur un étier, le bras de Lavau entièrement colmaté, un village en grande partie ruiné, le paysage offert par notre port aujourd'hui n'est pas digne de son passé.
Encore heureux que Rohars subsiste comme port relique. Quelques pêcheurs, des chasseurs de gibier d'eau, utilisent encore l'étier pour accéder à la Loire.

Ce qui reste du port aujourdhui
( à comparer avec la photo de 1910 !)

La cale a été rénovée en 2004 avec le concours de la Société des chasseurs de Bouée.

En haut à droite, la passerelle
qui rejoignait l'île Pipy.mais qui a du être supprimée par sécurité

 

photo Société des chasseurs


Un pêcheur professionnel à Rohars Il y a peu le port de Rohars était encore utilisé à certaines périodes par un pêcheur professionnel de Bouée qui venait décharger ses prises de la journée à marée haute.

Le village est heureusement habité même si des maisons anciennes, en ruine, disparaitront peut être, trop longtemps laissées à l'abandon.
Des exploitations agricoles, des maisons d'habitation, permettent à Rohars de rester un village bien vivant.
Il existe un terrain communal près de l'étier accessible aux habitants et visiteurs qui peuvent ainsi profiter d'un point de vue remarquable sur l'estuaire de la Rivière de Loyre.


Rohars le jour de la Fête du marais le 5 septembre 2004

La chapelle Sainte Anne est devenue depuis 2004 propriété communale. Une association a commençé un travail de réhabilitation du site et du bâtiment en 2005. Le relais par des entreprises spécialisées début 2011 a abouti à sa restauration complète grâce à des financements publics et privés. Page spéciale

La visite de Rohars en bord d'estuaire, reste un moment exceptionnel et la mise en valeur du site de la chapelle va être certainement l'occasion de redonner un peu de lustre à notre petit port d'estuaire.

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Le chantier naval à Rohars
 

Un chantier de construction navale existait au début du XIXe siècle.
Des recherches effectuées par Bernard David aux archives départementales et municipales l'ont confirmé.
En 1797
, le citoyen René Moiret, fournisseur de mâture et autres équipements de navires, demeurant à la Chézine à Nantes, projeta d'établir à Rohars un chantier de construction naval et acheta au département de la Loire Inférieure un terrain dans ce but. Ce terrain était situé entre la chapelle et le port actuel, juste en face de la route d'accès.
René Moiret avait au préalable acheté une maison à Rohars en 1795 puis le moulin de Rochoux, l’ancien moulin seigneurial du Châtelier, vendu comme bien national en 1796. Il acheta encore une masure à Rohars en 1798.

- Un acte de francisation délivré le 14 germinal An XIII (4 avril 1805) établi au Croisic nous apprend que le bateau Le Cassien a été construit à Rohars. Le Cassien était un bateau de 27 tonneaux et de 39 pieds et 10 pouces de long (environ 13 mètres) sur 12 pieds de large.

Quelques mentions dans les registres d’état-civil de Bouée attestent du fonctionnement du chantier naval :
- en 1806, René Moiret, probablement fils du précédent, qualifié de constructeur de barque à Rohard est témoin au mariage de Sérot, meunier de Rochoux,
- en 1808, ce même René Moiret est père d’une fille, Virginie Angélique, née à Rohard ; il est qualifié de charpentier constructeur de navire,
- en 1809, c’est une fille de Jean Guillard, charpentier de navire, qui décède ; il doit s’agir d’un employé des Moiret.
René Moiret, père, est mort à Rohars, le 7 janvier 1831.

Mais les bateaux espagnols du port de Rohars au XVIème siècle ont ils été construits à Rohars même, près de la chapelle, comme le prétendent la tradition populaire et certains auteurs ?
Cela est possible mais seulement possible car aucunes traces, pour cette époque, n'existent de ces chantiers, ni sur place, ni dans les archives connues à ce jour.
Il en est de même pour les deux bateaux armés en 1573, rien ne permet d'affirmer qu'ils ont été construits et lancés à Rohars comme je l'ai lu dans le N° 5 d'Estuaria.

L'armement d'un bateau ne signifient pas obligatoirement construction mais équipement du navire et rien n'empêche que ces navires aient été construits ailleurs qu'à Rohars. Etre attaché à un port ne signifie même pas obligatoirement y avoir été armé.
Compte tenu du peu d'éléments concrets que nous possédons aujourd'hui sur la période du XVIème , je trouve que certains s'avancent un peu vite dans leurs affirmations.
Huit bateaux des Senores du Sauf-Conduit dépendaient de Rohars, certes, mais avaient-ils été construits ici ? Y avait-il à l'époque les équipements, la place et les gens nécessaires pour la construction de bateaux de 80 tonneaux ?

Tout cela n'est pour l'instant qu'hypothèses. Les bateaux qui utilisaient Rohars comme port d'attache ont très bien pu être construits à Nantes, par exemple, sachant que durant le XVIe siècle quelques 2500 navires y furent lancés.
Barthélémy
reconnait honnêtement qu'à l'époque, dans ses recherches, il n'avait rien découvert à propos des chantiers navals à Rohars : Aucune trace ne subsiste de ces chantiers, aucune indication cadastrale ne m'a permis d'en constater le véritable emplacement.. Dans les actes, aveux, vente de terrains que j'ai consultés, aucun mot révélateur n'a pu me donner le renseignement que je cherchais.
On l'a vu, des documents d'archives, qu'ignorait Barthélémy, attestent bien de la présence d'un chantier naval après la Révolution. Mais pour l'instant rien ne permet d'aller au delà.

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Origine du nom de Rohars ?

Il faut noter d'abord que l'orthographe ancienne la plus courante dans les documents sur le prieuré ou même par Fraslin en 1888 est Rohard.
Par contre Cassini écrit déjà la Ville de Rohars et certaines cartes signalent Rohar.

Deux explications plausibles sont avancées.

Une première explication d'origine bretonne
Ros : tertre, colline à la sortie du village.
Hartz : arrêt, obstacle, empêchement ou également borne ou pierre bornale.
Rohars serait donc la "borne du tertre" ou le tertre marquant une limite.

L'autre origine possible seraient les deux rochers, l'un sur lequel est bâtie la chapelle, l'autre situé à l'extrémité aval du village.
Un document de 1503 parle bien de la prée de Rochart et grâce à Pierre Garcie nous savons que la caractéristique du lieu était ses rochers et les dangers qu'ils représentaient. Les rocharts ou rochard seraient devenus Rohard puis Rohars.

Mais ...
Dans le cartulaire de St Cyprien de Poitiers, à propos de dons faits par le seigneur Escomard de Lavau aux environs du Tertre, il est fait mention de une parte terra Queroarni qui pourrait être lu ex una parte terra que Roar [nominem]
C'est à dire "une partie de terre appelée Roar !"
"cette suggestion m'a été faite par Hervé Tremblay, professeur de lettres classiques au lycée de Savenay, et auteur d’une thèse très intéressante sur la toponymie de notre région ; ainsi nous aurions la mention la plus ancienne de Rohars !" (Bernard David)

De plus dans un texte de 1199 concernant un accord entre les abbayes de Buzay et de Blanche-Couronne ; parmi les objets de la transaction on peut lire: unu(m) pratu(m) ad rohart (un pré à Rohart) . L'acte est écrit sur parchemin.
C'est le plus ancien document connu faisant référence à Rohars (Rohart)
On peut remarquer qu'il n'est pas écrit Rochart. Il y a plus de 800 ans on écrivait Rohars presque comme aujourd'hui. Ce qui ne nous renseigne évidement pas sur l'origine du nom mais qui permet une conclusion (provisoire?) : Nous ne savons rien sur cette origine...

Voir Rohars dans la liste des toponymes de Bouée

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Les buvettes de Rohars


La dernière buvette qui fut ouverte jusqu'en 1952, était tenue dans les années 1927/28 par Marie Legland dite Marie 36 sous parce qu'elle vendait plus cher qu'ailleurs.
Elle dépannait les pêcheurs en leur vendant un peu d'huile, de sel ou autre... un bon prix !


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Glossaire
Certains mots peuvent avoir d'autres significations je ne donne que celle concernant cette page

Aveu : Acte signifiant le consentement, agrément donné, le plus souvent par un supérieur, à ce qu'une personne a fait ou a dessein de faire
Barge :
Embarcation de charge dépourvue de moteur et d'habitation
Bénéfice ecclésiastique
ou, simplement, bénéfice : Être juridique associant de façon inséparable un office ecclésiastique et la concession de revenus ou de biens-fonds déterminés
Biguenée
( pêche à la ) : Consiste à enfiler de gros vers de terres, les béguins, sur un fil grâce à une aiguille. On roule en boule ensuite le paquets de vers et on le plonge dans l'eau au bout d'une canne à pêche. Lorsque l'anguille mord dans les vers, il faut vivement la sortir et la faire retomber dans un vieux parapluie renversé placé au bord de l'eau.

Carrelet :
Filet de pêche généralement carré relié à l'extrémité d'une perche par deux demi-cerceaux croisés
Cartulaire
: Livre manuscrit où sont transcrits les chartes, les titres, les actes relatifs aux privilèges temporels d'un monastère, d'un chapitre, d'une église, d'une personne
Chaland
de Loire : Principal bateau de transport en usage sur la Loire depuis le Moyen Âge jusqu'à la fin du XIXe siècle. Le terme "gabare" (voir ce mot), qui lui est souvent appliqué de façon un peu galvaudée, n'est apparu qu'au XIXe siècle. Le chaland de Loire, dont la forme a évolué au fil du temps, fut un peu pendant plusieurs siècles le semi-remorque de l'autoroute fluviale qu'était alors la Loire. Il descendait la Loire au gré du courant, et la remontait à la voile carrée, poussé par le vent de marée, et assemblé en "trains"
Chaussée :
Talus servant à retenir l'eau d'une rivière, d'un fleuve
Clerc :
Celui qui est entré dans l'état ecclésiastique par opposition à laïc
Commende :
Bénéfice faite par un abbé à un clerc ou à un laïc qui touchait les revenus d'un prieuré ( prieur commendataire) sans obligation de résidence.
Coquillard :
Faux pèlerin de St Jacques de Compostelle
Dîme :
Prélèvement sur les récoltes au bénéfice du clergé.
Estacade :
Infrastructure en treillis de poutres de bois, laissant sous elle le libre passage à l'eau, et destinée à guider les bateaux à l'entrée d'un passage étroit : écluse, voûte, pont.
Étier
: sur le littoral, drain émissaire par lequel les marais côtiers évacuent leur trop-plein d'eau à la marée basse
Fouine : Fourche possédant plusieurs lames cannelées pour capturer les anguilles dans la vase.
Gabare
(ou gabarre) : ancien bateau de transport sur les rivières de la façade atlantique, comme la Sèvre niortaise, la Charente, la Garonne, la Dordogne et la Loire. Un peu galvaudé, il est préférable d'employer, sur la Loire, "chaland"
Jacquaire : Qui concerne le pélérinage vers Saint Jacques de Compostelle
Jacquet :
Pèlerin de Saint Jacques de Compostelle
Jetée :
Ouvrage de bois, de pierre ou d'autres matériaux, construit le long du chenal d'un port ou dans un cours d'eau pour servir à briser les lames et à diriger les courants
Jusant :
Marée descendante
Pacotille :
Ce terme désignait une certaine quantité de marchandises, qu'il était permis à ceux qui s'embarquaient sur un vaisseau, comme officiers, matelots, gens de l'équipage ou passagers, d'emporter avec eux, afin d'en faire commerce pour leur propre compte.
Prée :
Prairie
Prieuré
: Dépendant d'une abbaye c'est une administration de biens qui ne peuvent être commodément gérés pour cause d'éloignement. Il est dirigé par un prieur (du latin prior le premier)
Roux : Roseaux
Toue : Bateau de travail sur la Loire, à différents usages et notamment pêche.
Trait de dîme : parcelle de terre qui porte la dîme et qui peut être vendue seule.
Voie pérégrine : Itinéraire de pélérinage

Sources (entre autres):
 Dictionnaire fluvial et batelier de Charles Berg   A consulter ici     
Très intéressant et très complet dictionnaire sur le vocabulaire de la battellerie fluviale.
Par exemple, pour le plaisir...!
Chie-dans-l'iau : sobriquet pas vraiment flatteur que donnaient les gens d'à terre, et notamment les lavandières, aux mariniers, surtout sur la Loire. Dans le même régistre, on entendait aussi "mariniasse" et "chalandou". Ces derniers répliquaient par des amabilités du genre "cul-terreux". On savait "communiquer" à l'époque !

 Dictionnaire de l'académie française   A consulter Ici

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Bibliographie et sources

Bernard David - Informations, remarques, précisions et recherches archivistiques.
D. Barthélémy "Une cité ignorée de la Loire Inférieure : La Ville de Rohars"- Bulletin N°65 de la Société archéologique de Nantes - 1925
Fraslin "Notes géographiques, historiques et statistiques sur Bouée" 1888
Archives municipales et départementales
Emile Boutin "Chronique du Pays de Retz" - "Histoire religieuse du pays de Retz"
Rando éditions "Les chemins de Saint Jacques de Compostelle en Bretagne" Juin 2004
Emmanuelle Morin
"Nantes sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle" - Nantes au Quotidien janvier 2005
Patrick Huchet et Yvon Boëlle "Sur les chemins de Compostelle" 1995
M. Dugast-Matifeux "Nantes ancien et le Pays nantais" 1879
François Ledoux "Histoire de Savenay" 1875
Association Estuarium "Estuaria N°5" (2004) et "L'estuaire vu du fleuve de Nantes à Saint Nazaire"
Bernard David, "Bouée au siècle des Lumières"
Michel Provost "Carte archéologique de la Gaule

Stéphane Pajot "Nantes-sur-Mer"
Olivier Pétré-Grenouilleau "Les traites négrières : Essai d'histoire globale"
Georges Durville "L'Abbaye de Blanche Couronne et ses prieurés"

Léon Maitre "Sainte Marie de Pornic" - Bulletin N°24 de la Société archéologique de Nantes - 1885
L. Prével
"Le château du Goust" - Bulletin N°11 de la Société archéologique de Nantes - 1872

Les travaux de l'association Estuarium sont très utiles, et souvent remarquables, lorsqu'ils se basent sur des éléments concrets, cartes, archives et je n'ai pas manqué de les utiliser largement. Toutefois il convient de bien analyser les sources dont ils font état pour écarter tout ce qui ne repose pas sur des données parfaitement attestées.
Estuarium reprend sur son site Internet la légende de la voie romaine de Blain à Rohars qui semble (...), disent ils, être admise unanimement par tous les historiens, ce qui est complètement faux.
Dans la Carte Archéologique de la Gaule, par exemple, des historiens universitaires spécialistes de l'époque romaine affiment qu'il n'y a aucune preuve quand à l'existence de cette voie romaine à Bouée.
De même le prétendu lieu de traversée privilégié à l'époque (époque romaine déjà, avant même la création du pèlérinage ?) puis au Moyen Âge pour les pélerins de Saint Jacques de Compostelle.
Voir ici
Ce qui est encore plus contestable c'est que, dans le N° 5 de la revue Estuaria, l'historique de Rohars ne fait plus état d'hypothèses mais de certitudes sans apporter de preuves. Voir ici mon étude sur le sujet
De plus ce sont 8 navires à Rohars et non 6 qui sont inscrits dans le régistre des Senores du Sauf Conduit au XVIe siècle.
Quand au chantier de construction navale situé à Rohars où auraient été construits, affirment-ils, deux navires de 80 tonneaux lire le paragraphe correspondant.  ici

Dans cette page sur Rohars je fais souvent référence au document publié en 1925 par Barthélémy sur Rohars dans le bulletin N°65 de la Société archéologique de Nantes et de la Loire-Inférieure.
Si on excepte le début assez fantaisiste, sur la voie romaine* et la stèle de Rudesse transformée en borne milliaire par l'auteur, le reste de son ouvrage est très utile lorsqu'il repose sur des documents d'archives.

*On peut d'ailleurs affirmer que Barthélémy est largement responsable du mythe de la voie romaine menant à Rohars et surtout de sa borne d'itinéraire.

En ce qui concerne la voie romaine de Blain à Rohars, aucune recherche archéologique sur Bouée n'a jamais été effectuée et de même que les routes actuelles ne sont pas toutes des autoroutes, les chemins antiques n'étaient pas tous des voies romaines !
Quant à la borne milliaire de Rudesse il est prouvé aujourd'hui qu'il s'agit en réalité d'une stèle gauloise du second âge du fer, sans doute à vocation funéraire.
Voir à ce sujet la page sur la pierre de Rudesse et la voie romaine supposée à Bouée

Rohars mérite autre chose que des affirmations non fondées au sujet de la voie romaine, du rôle joué par les moines du prieuré dans la traversée de la Loire ou des chantiers navals.
Ce que nous cherchons aujourd'hui à Bouée ce sont des données vérifiées sur le terrain ou attestées par des documents.

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