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UN MONTI COMPAGNON DE LA PEROUSE
Alain Monnié

L'expédition de La Pérouse n'a jamais cessé de passionner les amateurs d'aventures maritimes et d'exploration depuis la disparition de son capitaine et de ses 220 compagnons de voyage en 1788.
Aujourd'hui encore des missions tentent de percer le mystère qui entoura le naufrage des deux navires et de retrouver des objets et des éléments de l'armement.
Parti à bord de l'Astrolabe, un marin d'exception était lié à notre commune.
Son frère était en effet seigneur de la Cour de Bouée
et gérait les intérêts et les biens de son cadet parti sur les mers du monde.
Ce marin n'était, en fait, habitant de Bouée que du point de vue légal et fiscal car il a rarement posé son sac à terre.

Le chevalier de Monti
Le Voyage autour du monde
Les recherches
Après le naufrage
Sources
Des sites à consulter

Le chevalier de Monti

Anne-Georges-Augustin de Monti, était le frère cadet de Louis-Claude-René de Monti (1750-1826) dernier seigneur de la Cour de Bouée.
Il était le fils de Joachim de Monti, seigneur de la Giraudais, et de Dame Anne-Louise Le Loup et fut baptisé le 21 septembre 1753 à Nantes.

Le 1er février 1770, à 17 ans, le chevalier de Monti entra à Brest dans la compagnie des Gardes-Marines pour y suivre des études d'officier.
En mai 1772 le chevalier effectua sa première campagne et par la suite ne cessa de naviguer.
Le 4 avril 1777 il est fait enseigne de vaisseau, le 23 mars 1778, lieutenant d'infanterie.
Nommé lieutenant de vaisseau en 1781, il reçut la Croix de Saint Louis le 31 octobre 1784, par anticipation, pour ses mérites exceptionnels.
Pendant l'expédition il fut nommé lieutenant de 1er classe le 30 juin 1786.

De Monti refuse un commandement pour participer à l'expédition Lapérouse.
En février 1785 le comte d'Hector écrivait au ministre : A bien servi, rempli de connaissance, n'a pas encore commandé et le 2 mai suivant il précisait que de Monti, appelé à commander La Dorade, avait refusé pour participer à l'expédition Lapérouse.
M. le chevalier de Monti, écrit-il au ministre de la marine, déterminé à substituer le zèle et la constance aux douceurs que l'on peut se procurer dans d'autres campagnes, avait poussé la chose jusqu'à abandonner le commandement que vous aviez bien voulu lui confier.

Le chevalier de Monti partit donc le 1er août 1785 avec Jean-François Galaup de Lapérouse pour une aventure maritime exceptionnelle qui se termina tragiquement moins de trois ans plus tard, au large des Nouvelles Hébrides sur les récifs de l'île de Vanikoro dans le Pacifique sud.
Cette expédition, voulue par Louis XVI qui arma à ses frais les deux vaisseaux, comportait deux navires, La Boussole et l'Astrolabe.
Elle devait découvrir des parties du monde inexplorées, en particulier dans le Pacifique.


Louix XVI donne ses instructions

Anne-Georges-Augustin de Monti ne fut pas un simple participant dans cette expédition.
Il était lieutenant de vaisseau sur l'Astrolabe, second du commandant de Langle
, qui, le 9 décembre 1787 mourut tragiquement, massacré avec plusieurs de ses compagnons par les habitants de l'île de Maouna.

Il lui fut confié temporairement la fonction de capitaine sur l'Astrolabe jusqu'en janvier 1788 et l'arrivée à Botany Bay, en Australie, leur dernière escale.
Là il embarqua comme second sur La Boussole.

Le 7 février 1788 le comte de Lapérouse confia une lettre adressée au ministère de la marine à des navigateurs anglais.
Ce furent les dernières nouvelles reçues de Lapérouse et de ses compagnons.

Le 10 mars 1788 les deux bâtiments lèvent l'ancre enfin pour leur dernier voyage.


L'Astrolabe

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On rapporte que Louis XVI, sur le point d'être guillotiné, s'inquiéta :
A t'on des nouvelles de Monsieur Lapérouse ?
On était en janvier 1793 et depuis 5 ans plus aucune nouvelle des explorateurs n'était parvenue en France. Une expédition partie à leur recherche en 1791 n'était pas encore rentrée, mais on sait qu'elle ne découvrit rien.

Lapérouse, d'après les dernières lettres reçues de Botany Bay datées de février 1788, comptait revenir en France fin 1788.
Deux années s'étaient écoulées mais les événements importants qui occupaient et fixaient l'attention de la France entière, ne purent pourtant la détourner du sort qui semblait menacer les navigateurs.
Jusqu'à nos jours il n'aura été de cesse de chercher à expliquer la disparition des deux frégates et de leurs équipages et de connaître la réalité du sort des marins dont certains ont survécu au naufrage.

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Voyage de Lapérouse autour du monde

Rédigé par M. L.-A. Milet-Mureau d'après les carnets de voyage du navigateur et conformément au décret du 22 avril 1791 de l'Assemblée constituante.

En préambule Milet-Mureau écrit :
Le public, accoutumé à l'idée pénible de la perte qu'a dû entraîner celle des deux bâtiments de l'expédition malheureuse commandée par Lapérouse, sera surpris de la publication du journal de son voyage.
Sa prévoyance lui fit non-seulement saisir, mais chercher les occasions d'envoyer ses journaux en Europe.
Il eût été à souhaiter que l'amour-propre des savants embarqués avec lui, leur eût permis de se détacher de même du fruit de leurs travaux ; nous n'aurions pas à en regretter la perte presque totale.

Nous possédons heureusement le compte rendu du voyage de Lapérouse jusqu'en Australie, celui-ci ayant pris soin d'envoyer en France, à l'occasion de ses escales, les documents qu'il avait rédigés.
Si la plupart des travaux scientifiques des savants embarqués disparurent dans le naufrage, les notes du chef d'expédition nous parlent abondamment de l'exploration et des hommes qui y participèrent.

Ainsi le chevalier de Monti apparaît-il à plusieurs reprises dans ce journal de bord.

Les appréciations du comte de lapérouse étaient très élogieuses envers son équipage et particulièrement ses officiers.
M De Monti, excellent homme de mer, est un modèle de sagesse, de prévoyance et de fermeté.

La fermeté, la sagesse et la prévoyance de M De Monti, contribuent au bonheur de tous, et ses talents m'inspirent la plus grande confiance

Lapérouse remonta, en 1786, jusqu'au mont Saint-Hélie, sur la côte Nord-Ouest de l'Amérique.
Sur cette côte, la baie Monti, le port des Français, l'île du Cénotaphe, sont quelques-uns des points qu'il découvrit et nomma.

26 juin 1786
La mer brisait avec force sur le rivage qui était couvert de bois flotté.
M De Monti avait débarqué avec une extrême difficulté : et comme il était le commandant de cette petite division de canots, j'ai donné à cette baie le nom de baie de Monti.
Une baie porta donc le nom de notre chevalier, en hommage à son courage.
Elle est située au-dessous de la pointe de la Boussole (Mont Saint-Hélie, 60 latit. N. et 145 long. O.).

Le 4 juillet 1786 il est écrit
Par les soins de M De Lapérouse, commandant en chef l'expédition ; de Mm le vicomte De Langle, commandant la deuxième frégate ; de Mm De Clonard et De Monti, capitaines en second des deux bâtiments, et des autres officiers et chirurgiens, aucune des maladies qui sont la suite des longues navigations, n'avaient atteint les équipages. M De Lapérouse se félicitait, ainsi que nous tous, d'avoir été d'un bout du monde à l'
autre, à travers toutes sortes de dangers, ayant fréquenté des peuples réputés barbares, sans avoir perdu un seul homme ni versé une goutte de sang..
Lapérouse montrait bien le souci qu'il avait de respecter un article de ses instructions lui ordonnant d'éviter de répandre une seule goutte de sang et de prendre soin de son équipage bien au-delà des habitudes de l'époque.
Il était aidé en cela par ses officiers auxquels il rend hommage.

Malheureusement l'expédition bientôt subit ses premières pertes.
Le 13 juillet (1786), trois canots partirent à cinq heures du matin Ils étaient commandés par M D'Escures, lieutenant de vaisseau : M De La Pérouse lui avait donné des instructions par écrit, pour lui défendre expressément de s'approcher du courant ; mais au moment qu'il croyait encore en être éloigné, il s' y trouva engagé. Mm De La Borde, frères, et De Flassan, qui étaient dans le canot de la deuxième frégate, ne craignirent pas de s'exposer pour voler au secours de leurs camarades ; mais, hélas ! Ils ont eu le même sort...

Le 9 décembre 1787, le commandant de Langle, capitaine de l'Astrolabe, mourut tragiquement, massacré avec plusieurs de ses compagnons par les habitants de l'île de Maouna.

De Monti le remplaça à la tête de l'Astrolabe


Décembre 1787
M De Monti, qui était en second avec M De Langle, a conservé le commandement de l'Astrolabe jusqu'à notre arrivée à Botany-Bay :
c'est un si bon officier, que je n'ai pas cru devoir faire aucun changement dans les états-majors jusqu'à notre première relâche, où je n'ai pu méconnaître le juste droit de M De Clonard, capitaine de vaisseau ; il a été remplacé sur ma frégate par M De Monti, dont le zèle et le talent sont au-dessus de tout éloge, et auquel sa bonne conduite assure le brevet de capitaine de vaisseau que vous avez eu la bonté de lui promettre si les comptes qui seraient rendus de lui étaient favorables.

Les deux navires arrivèrent donc en janvier 1788 à Botany- Bay.

7 février 1788 dernière lettre de Lapérouse. On y lit :
M De Clonard commande aujourd'hui l'Astrolabe ; M De Monti l'a remplacé sur la Boussole : ce sont deux officiers du premier mérite
Ce n'était en aucun cas un désaveu mais le second de la Boussole, Mr de Clonard, étant déjà nommé au grade de capitaine de vaisseau, le commandement du second navire lui revenait de droit.

C'est donc comme second de Lapérouse sur la Boussole que Anne-Georges-Augustin de Monti allait connaître son tragique destin sur les récifs de l'île de Vanikoro quelque temps plus tard. Il avait 34 ans.

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Les missions de recherche

Les deux épaves
L'une se trouve dans une faille profonde et l'autre dans une fausse passe. Cette dernière fut repérée en 1827. La première en 1964 seulement. L'identification des navires va être depuis l'objet de nombreuses recherches.

Les recherches
Dès 1791 une première expédition, commandée par d'Entrecasteaux, ne découvrit rien, bien qu'en 1793 il soit passé à quelques milles seulement de l'île Vanikoro, lieu du désastre de l'expédition.

En 1827, le capitaine irlandais, Peter Dillon, découvrit le lieu du naufrage de La Pérouse dans l'une des îles Vanikoro et ramena des objets attribués à l'Astrolabe.
En 1828, Dumont Durville s'y rendit, construisit un monument et récupéra de nombreux objets et débris sur le corail.
Des insulaires lui racontèrent le naufrage, l'existence de survivants qui auraient construit un camp et fini par repartir après avoir construit un ou des bateaux.


La cloche de l'Astrolabe

Depuis de nombreuses recherches ont été menées.
En 1964, par exemple, des travaux furent menés par la marine nationale qui permit de repérer la deuxième épave dans la faille.

Des survivants
Dès 1827 des récits d'indigènes laissèrent à penser qu'il y avait eu des marins qui survécurent au naufrage et cherchèrent à construire un bateau pour pouvoir reprendre la mer.
On sait aujourd'hui que des naufragés se sont installés sur l'île. Leur campement a même été repéré en 1999. Mais combien étaient-ils et ont-ils survécu longtemps ? Ont-ils repris la mer ?
Deux grands navires s'étaient échoués par une nuit de grande tempête : l'un aurait coulé, l'autre se serait échoué et les survivants auraient pu s'installer sur un point de Vanikoro, nommé Paiou.
Cinq ou six mois après, une partie des survivants seraient repartis à bord d'un petit bateau fabriqué avec les débris du grand. L'autre partie resta à Vanikoro, se mêla aux affrontements des indigènes. Le dernier des survivants serait mort peu avant la venue de Peter Dillon.

(Extrait du fascicule de l'Association Lapérouse d'Albi J-F de Galaup de Lapérouse au Musée Lapérouse Albi, auteur du chapitre Henri Bru, Professeur d'Histoire
)

L'association Salomon
Créée en Nouvelle-Calédonie par Alain Conan en 1981, l’association a pour objectif, sur les traces des différentes missions de recherches menées notamment par la marine nationale, de tenter d’éclaircir le mystère de la disparition du comte de Lapérouse et de ses 220 marins et scientifiques, naufragés en 1788 à Vanikoro (Iles Salomon)

Depuis, elle a organisé six missions de recherches tant en mer qu’à terre, participant ainsi à la préservation d’un patrimoine national, par le traitement, la conservation et l’exposition du mobilier de fouilles confié pour ces travaux à la garde du Musée de l’Histoire Maritime de la Nouvelle-Calédonie.

Des sites Internet pour suivre les recherches et connaître l'histoire de l'expédition
Opération la Pérouse
Lapérouse
Voyage de Lapérouse (BNF)

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Après le naufrage

Anne-Georges-Augustin de Monti fut nommé capitaine de vaisseau le 14 avril 1788 mais bien évidemment il ne fut jamais mis au courant de sa promotion.

On a retrouvé sur les lieux du naufrage un objet appartenant au chevalier
En 1990 au cours de la troisième campagne de fouilles 600 objets sont remontés du site de la faille.
Parmi eux, une fourchette en argent aux armes du capitaine de vaisseau Anne-Georges-Augustin de Monti.
Ceci tendrait à prouver, avec d'autres objets, que le navire de la faille est la Boussole que celui-ci avait rejoint pour ce dernier voyage.

Ceci a été confirmé par la découverte en mai 2005 d'un sextant appartenant au vaisseau de Lapérouse

La terre noble de la Cholière que son frère acheta en son nom en 1787 fut mise sous séquestre pendant la révolution.
Sa belle-sœur, Madame de Monti, demanda que les biens meubles du capitaine de vaisseau, restés à la cour de Bouée, ne furent pas englobés dans le séquestre au moment de la confiscation des biens des émigrés.
En 1811 après la mort officiellement constatée des équipages, Claude-René de Monti hérita des biens de son frère.

Le chevalier avait 34 ans au moment du naufrage.
A t'il été parmi les survivants qui s'installèrent sur l'île ? C'est possible mais peu probable car aujourd'hui on pense que les rescapés devaient plutôt provenir de l'Astrolabe.

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Sources et bibliographie

Bernard David
Ch. Courteaud, curé d'Adilly
Un Monti compagnon de La Pérouse
Site Gallica de la BNF Voyage de la Pérouse
Il s'agit du journal de La Pérouse intégralement publié et numérisé par la Bibliothèque de France.
Site Internet Association Salomon
Site Internet Opération Lapérouse 2005
Divers Sites Internet
Archives départementales de la Loire Atlantique

NOTA : La Pérouse ou Lapérouse ?
Les deux orthographes sont usitées
il faut signaler qu'il semble bien qu'à l'origine le nom s'écrivait en deux mots mais le comte signait en un seul.


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