L'ÉCOLE A BOUÉE

Par Alain Monnié

Mise à jour - 16 déc 2011

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l'école publique

l'école privée

l'école bombardée

C'est à la suite de la loi de 1833 (loi Guizot) qui faisait obligation aux communes d'ouvrir une école primaire élémentaire que fut créée l'instruction primaire à Bouée malgré les difficultés à faire admettre son utilité.
Une école publique, celle des garçons, fut créée, alors qu'une école privée vit le jour pour enseigner les filles
L'enseignement public
L'école fut créée à Bouée en 1834 mais réellement ouverte en 1837 dans l'immeuble où se trouve aujourd'hui la mairie, immeuble acquis par la commune en 1836.
En 1858 on dut faire construire le côté nord pour y installer les élèves de plus en plus nombreux.
Les débuts de l'école furent rudes ; les instituteurs, par manque d'élèves, l'école n'était pas obligatoire, étaient obligés de prendre du travail à la tâche pour avoir de quoi vivre. Ils fauchaient, coupaient les blés ; sans cela, il leur aurait été impossible de suffire aux besoins de la vie.
Après 1882 la loi rendit obligatoire l'enseignement pour les enfants des deux sexes de 6 à 13 ans. Ce qui entraîna la création d'une école laïque de filles.
l'école laïque des garçons (1901 - 1943)

l'école laïque des filles

En 1881 M. Fraslin prit la charge d'instituteur communal et écrivit une "Histoire de Bouée - Notes géographiques, historiques et statistiques"

Vous pouvez consulter cette HISTOIRE sur le site de la société de Chasse de Bouée, (cliquez)

En 1984 Bouée vit la réouverture de l'école primaire communale fermée depuis 1970. Cette école inaugurée en 1901, avait été reconstruite en 1949. Elle avait en effet été détruite entièrement par suite d'un bombardement américain le 29 mai 1943.
L'enseignement privé
Avant la Révolution l'enseignement était réservé à un petit nombre de gens, principalement qualifiés de nobles hommes de la classe moyenne et qui possédaient des connaissances solides ainsi que le prouve le texte de certaines délibérations.
L'instruction était donnée par quelques personnes sachant lire et qui communiquaient à d'autres ce qu'ils savaient.
En 1793 une dénommée Seignard Jeanne, domiciliée à l'Orme Bodin enseignait la lecture et le catéchisme aux deux sexes.
Après la Révolution, René Moiret établit à Rohard (Rohars) une école où il enseignait à lire et à écrire.
Avant 1830, l'enseignement fut donné aux filles de la même manière qu'aux garçons. Une demoiselle Magouet du Mont des Ormes réunissait chez elles les petites filles qui désiraient s'instruire
 
En 1836, Pauline de Cornulier, épouse de Louis de Monti, fils du dernier seigneur de la Cour de Bouée, fit venir les soeurs de Saint-Gildas pour y fonder une école de filles. Elle fut établie dans un bâtiment autrefois appelé la Clairhaye et cédé en usufruit à la congrégation par la famille De Monti. L'école Sainte-Thérèse occupe toujours ce bâtiment.
Les soeurs de Saint-Gildas y demeurèrent jusqu'à la rentrée scolaire de 1976.

Le bâtiment de l’école chrétienne de garçons fut construit en 1932 (bénédiction des fondations le jour de Pâques, ouverture de l’école le 26 septembre avec 16 enfants, bénédiction solennelle de l’école le 8 janvier 1933 par l’évêque de Nantes) ; le fonctionnement de cette école fut chaotique (changements fréquents d’instituteurs), elle fut rattachée à l’école de filles qui devint ainsi une école mixte (on disait école géminée) en 1939; ainsi l’école privée de garçons n’eut-elle qu’environ dix années d’existence
.
A la déclaration de guerre, en 1939, l'instituteur de l'école privée de garçons fut mobilisé. Ses élèves furent accueillis à l'école privée de filles. Dans la cour de récréation, une zone était réservée à chaque sexe. ( Information fournie par la mère de Bernard David )


école privée des garçons

Elle est devenue salle paroissiale et aujourd'hui salle des fêtes municipale.

L'école bombardée

école bombardéePhoto prise par M. Emile Viaud après le bombardement

 

Le samedi 29 mai 1943, vers 16h45, des bombes tombaient sur ce petit bourg si paisible et détruisait l'école communale. Par bonheur l'instituteur, M. Jolie, avait fait sortir ses élèves un peu avant l'heure. Un désastre irréparable fut ainsi évité. L'institutrice Mme Jolie, restée avec quelques élèves dans sa classe réussit à calmer la frayeur des enfants restés dans sa classe. Par miracle, presque tous s'en tirèrent avec des égratignures, sauf un malheureux petit garçon de Savenay, Lucien Chauvin qui fut retrouvé mort.
Mme Jolie institutrice, présente dans l’école nous raconte…
Le samedi on travaillait toute la journée, on n’avait pas encore institué la semaine anglaise Mon mari, le samedi en général, prenait les garçons et faisait avec eux de la gymnastique dans la cour. Les filles, les plus grandes, je m’occupai de leur apprendre à tricoter, de faire des choses manuelles. Mon mari ouvre la porte de communication entre les deux classes et me dit « Oh là là j’entends au loin un drôle de bruit, çà me fait mal, moi je vais libérer mes gars. Parce que ce bruit là me donne à penser qu’il y a quelque chose qui arrive sur nous. » Je lui dis : « je me dépêche et je les renvoie moi aussi ».
Je fais prendre aux filles qui étaient là et aussi aux petits leurs affaires et avant même qu’ils aient fini on entend un bourdonnement qui était de plus en plus fort et voilà que tout d’un coup, boum et boum ! Les gosses se sont mis vite sous les tables, d’autres sont passés par les fenêtres. Moi je m’étais installée au milieu de la classe pour être vraiment tout près d’eux et puis, boum, un morceau du toit me tombe sur le dos.et tout d’un coup il y avait plus rien, il y avait plus de toit. Les gosses étaient sous les tables, des tables noires, à la mode ancienne, qui étaient très lourdes.
Il y en a une qui m’a bien amusée, elle ramasse tranquillement ses affaires et s’en va en disant « au revoir madame » ! Je me suis dit, ça c’est un peu fort quand même… Je vois par une fenêtre un père de famille, monsieur Seignard. Je lui dis « venez donc, moi je ne peux pas me sortir de là » J’étais en effet bloquée et je ne pouvais plus bouger.

Il y avait un élève que l’on ne retrouvait pas, il s’appelait Lucien Chauvin. Il était scolarisé à Bouée alors qu’il habitait un village de Savenay sur le coteau. Son camarade, Lehaye raconta ensuite ce qui était arrivé. « On entendait beaucoup de bruit et Lucien me dit » :« Mince alors, j’ai oublié un livre il faut que je retourne le chercher, tu viens avec moi ?». Lehaye dit « non parce que je suis trop près de chez moi, je rentre à la maison, fais en donc autant» « Non, je vais chercher mon livre… » En cherchant bien on a retrouvé son corps dans un trou de bombe, tout près de l’école
Témoignage recueilli en 2006 par Christine Carré de la MCLA dans le cadre de la manifestation Images de Villages


l'école pendant sa reconstruction

Pourquoi Bouée a-t-elle été bombardée ?
A première vue cela parait extraordinaire. Pas d'usine, pas de point stratégique. Des journaux, en 1949, ont supposé qu’un État-major allemand installé à quelques centaines de mètres aurait été visé.
Mais on pense surtout qu’une forteresse volante américaine se serait délestée de ses bombes. Ceci semble plus plausible. En effet si le bombardement incendiaire du 28 février 1943 va détruire à lui seul près de la moitié de la ville de St Nazaire, il sera suivi par d'autres.
Le 29 mai 1943 un bombardement massif eut lieu
sur St Nazaire regroupant en un seul raid 170 bombardiers.
Il semble donc bien que Bouée fût une victime collatérale de cette terrible journée.
En Avril 1948 fut posée la première pierre de la nouvelle école et c'est le 15 mai 1949 qu'elle fut inaugurée.

M. Émile Viaud témoigne,
à
l’époque il avait 20 ans.
Le 29 mai 1943, il est cinq heures moins le quart. Des forteresses volantes américaines viennent bombarder la base sous marine de Saint Nazaire. Un avion touché se déleste de ses bombes. L’une tombe au coin de la rue juste devant l’école. Le trou fait toute la largeur de la route et 3 à 4 m de profondeur !
On était à regarder et puis tout d’un coup, on entend un bruit comme un camion de cailloux qui se décharge. J’étais chez moi à la maison. On était dans le jardin. Il y a eu deux bombes, une sur la route et une dans mon jardin. Plus de portes, plus de fenêtres, plus de cloisons !
On a été roulé et fauché par terre… Toute l’école pour ainsi dire fut rasée ; il ne restait plus que quelques pans de murs. La mairie et la maison d’à côté c’était pareil. Mon père a fait reconstruire l’école. Il était maire en 1944.L’inauguration a eu lieu en 1949.
Témoignage recueilli par les CE/CM de l’école publique de Bouée en 1996

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